Syrie: Retour vers la case départ – en pire ?


Avec l’annonce par les États-Unis d’Amérique du retrait des forces spéciales présentes en Syrie, allons-nous revenir à la case départ ?

Une autocratie dictatoriale intacte et presque renforcée après presque 8 ans de guerre civile, un pays dévasté, quel est donc l’avenir de la Syrie ?

Des combattants kurdes abandonnés que la Turquie va s’empresser de réduire en peau de chagrin, une opposition syrienne radicalisée décrédibilisée et une opposition laïque à reconstruire constituent les bases d’un triste avenir, pire que celui qui existait en 2011.

Quels enseignements en tirons-nous ? On a donné aux occidentaux le choix de choisir entre la peste et le choléra. Ils ont rejeté les deux tout en combattant la peste, permettant au choléra de s’étendre et de s’affirmer. En fin de compte, le pouvoir en place va devoir sa survie autant à ses alliés russes qu’aux occidentaux qui ont aidé à éliminer l’État Islamique, tout en ne tirant aucun bénéfice de l’élimination relative de l’État Islamique. Ne vous y fiez pas: la bête bouge encore et revivra prochainement sous d’autres formes: sa clandestinité pourrait être aussi meurtrière pour les pays européens que du temps de la gloire de l’État Islamique. La guerre n’est pas finie, elle a fait une pause.

Si on résumait en quelques phrases cette guerre, nous partirions de manifestations globalement pacifiques dans lesquelles le régime syrien fit tirer à balles réelles, tentant de réduire par la force toute contestation. Cette tentative de réduction par la force conduisit les contestataires à se radicaliser. Le régime syrien les accusait de terroristes ? Ils le sont devenus, ce qui a ôté définitivement tout soutien à leur cause, mis à part quelques composantes d’opposition maintenues en survie par des pays.

Une fois l’opposition transformée en terrorisme diabolique, les dés étaient jetés. Même ceux qui auraient aimé aider l’opposition syrienne sont restés en dehors ou ont participé à son anéantissement.

Le régime syrien se réjouit de sa victoire contre le terrorisme ? Par son comportement il a permis son émergence et risque de rester seul avec ses fidèles alliés pendant quelque temps.

L’Iran a avancé ses pions et contrôle maintenant le Liban et une bonne partie de la Syrie.

La Russie a retrouvé une partie de sa crédibilité internationale.

La Turquie se réveille.

Et les Européens ? A côté de leur pompes du début à la fin. Ils auraient au moins pu mettre leur poids dans une solution diplomatique qui contrôle les sources d’immigration. Rien, si ce n’est un attentisme avant, pendant et après.

Et les USA ? Confirmant la renonciation d’Obama à jouer les gendarmes du Monde, ils partent la queue basse, dans le désordre, de cette solitude qui pourrait affaiblir voir casser leurs alliances traditionnelles. Les USA sont-ils un allié fiable ? Ils sont un allié de leur ego et de leur volonté de puissance et de domination, c’est certain, mais un allié des autres pays ? Cela reste à démontrer même si les derniers événements en sont une contre-démonstration.

2019 sera un premier retour faiblement marqué du printemps arabe, suivant la Théorie du Retour. Ce sera surtout un retour à la case départ pour les syriens, après la bagatelle d’environ 400.000 morts.

21 décembre 2018

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