Plusieurs événements coordonnés touchent l’Arabie saoudite en quelques jours :
- attaques sur le territoire d’Arabie saoudite avec de nombreux blessés,
- prise de contrôle progressive du détroit de Bab el-Mandeb,
- attaque du pipeline Est-Ouest d’Arabie saoudite par des milices iraniennes en territoire Irakien.
Ces événements sont certainement coordonnés par les Gardiens de la Révolution.
Quand on se pose la question : qui les a autorisé à mener ces actions, on arrive au résultat d’un pouvoir parallèle permanent, non contrôlé au jour le jour par le pouvoir exécutif représenté par le président Pezeshkian.
Le cœur actuel d’un éventuel retour au calme dans le détroit d’Ormuz est dans ce pouvoir parallèle non contrôlé.
C’est lui qui a décidé de s’en prendre militairement aux pétroliers qui ne sont pas autorisés ou contrôlés par l’Iran.
C’est lui qui déclenche la plupart des actions militaires.
Sans que ce pouvoir parallèle ne revienne sous contrôle du pouvoir politique, un éventuel accord sera torpillé de la même façon que l’accord du 17 Juin : les gardiens de la révolution inventeront une règle qui ne fait partie d’aucun accord pour engager une nouvelle action militaire.
Théoriquement, lundi prochain, un accord sera signé entre l’Iran et Oman devant les ministres des affaires étrangères du Golfe sur les voies de passage dans le détroit d’Ormuz.
Cet accord, s’il est mis en œuvre, sera conditionné par les moyens mis en œuvre en cas de litige. Il faudrait un organisme de contrôle du trafic du détroit qui soit en charge de s’occuper des navires qui ne respectent pas ces nouvelles voies maritimes. Si ce système n’est pas défini, les gardiens de la révolution considéreront nécessaires de neutraliser militairement ces navires.
Si ce système était défini, il y aurait plusieurs moyens d’intervention:
- communication radio ( sur fréquences obligatoires durant la traversée)
- bateaux contrôleurs envoyés spécialement vers les navires
Vraisemblablement, ce point sera esquivé dans l’accord Oman-Iran, ce qui le rendra probablement caduc.
Que peut faire l’Arabie saoudite ?
Elle tente de faire intervenir les États-Unis, qui ont commencé par refuser.
L’Arabie saoudite pourrait mettre « les pieds dans le plat », en demandant par le biais de Pezeshkian, au Guide suprême un arbitrage sur cette volonté apparente de vouloir entraîner l’Iran et l’Arabie saoudite dans une guerre totale.
Le feront-ils ? Ce n’est pas dans les habitudes actuelles de l’Arabie saoudite de lancer une action diplomatique forte qui pourrait être considérée comme un signal de faiblesse militaire.
De toute façon, il va falloir régler cette réalité des pouvoirs parallèles en Iran
S’il y a eu autant de morts en janvier en Iran, dans la répression des manifestations, c’est aussi ce pouvoir parallèle qui est incapable d’utiliser des forces anti-émeutes non létales et qui ne connaît qu’un seul moyen d’agir : tuer et détruire, que ce soient des citoyens iraniens ou des navires marchands civils.
Si l’accord du 17 juin a été torpillé, c’est au départ parce que quelqu’un a décidé de s’en prendre militairement à des navires civils. Les officiels iraniens ont fait comme si cet événement n’avait pas existé, afin de mettre en avant les représailles militaires US qui étaient aussi une violation de l’accord, mais les représailles US étaient la conséquence des premières violations initiées par les gardiens de la révolution, sans contrôle préalable du pouvoir politique iranien.
Amorcer une résolution de ce problème demanderait qu’une diplomatie ose mettre au pied du mur le pouvoir politique iranien, représenté par le président Pezeshkian et le guide suprême. En tant qu’illustre inconnu, il m’est tout à fait impossible de le faire. Mes réflexions ne sont retransmises nulle part au sein du pouvoir iranien.
Le 12 septembre 2026
Naej DRANER
Post sriptum:
Durant les premières années de la République Islamique, le pouvoir se méfiait des structures militaires et sécuritaires de l’Iran. C’est pour cela que les gardiens de la révolution furent créées, comme un pouvoir parallèle activable par le guide suprême, sans être contrôlé par le pouvoir exécutif. Les milices Bassidj relèvent de la même logique. Ce sont elles qui sont responsables des massacres de janvier 2026. Même si la République islamique nie la réalité de ces massacres, ils resteront comme une tâche indélébile de l’incompétence des mollahs à gérer pacifiquement les soubresauts de la société civile iranienne. Théoriquement, le guide suprême a le pouvoir d’agir. Le représentant de la sécurité du Guide suprême est traditionnellement le secrétaire d’une forme de Conseil de sécurité iranien, ce qui lui permet, théoriquement, d’agir. Encore faudrait-il que le guide suprême soit bien informé et se soucie des problèmes concrets de sécurité, comme le fait de réprimer des manifestants non armés par des milices et militaires équipés pour tuer et non réprimer pacifiquement. Rien dans les propos rapportés par les media iraniens ( en particulier Iran international qui est la meilleure source que je connaisse sur l’actualité en Iran) ne permet d’imaginer que le guide suprême iranien est conscient de ce dysfonctionnement structurel iranien.
Post Scriptum du 13 septembre 2026 :
« The New York Times » a publié le 13 septembre un article confirmant que c’est bien un acte volontaire de courants opposés à l’accord avec les USA qui a torpillé l’accord du 17 Juin. C’est probablement la même chose pour les attaques actuelles contre l’Arabie Saoudite qu’elles viennent des Houthis ou de l’Irak.
