Il y a plusieurs choses à bien intégrer quand on espère changer un système de sécurité d’un État ou d’un groupe quasi étatique:
- Un système de sécurité et maintien de l’ordre est indispensable, quel que soit sa forme,
- La destruction complète du système de sécurité existant aboutit à une guerre civile,
- Une armée est souvent incapable d’assurer un maintien de l’ordre pérenne et fiable.
Quand on prétend changer un système de sécurité par un autre, il ne suffit pas de le détruire, il faut être capable de le définir et le mettre en œuvre ou de transformer l’ancien système de sécurité dans un nouveau.
L’erreur classique est de se contenter d’une force militaire en prétendant que c’est le nouveau système de sécurité: il n’est pas intégré et le plus souvent il est inefficace.
Actuellement il y a 2 cas qui sont directement concernés par ce sujet:
- le Hamas dans la bande de Gaza,
- la prétention de détruire la république islamique et de faire émerger un nouveau régime. Le plus vraisemblable est que si la République Islamique est complètement détruite, une guerre civile prendra le relais et pourrait durer pendant des années.
Le Hamas à Gaza
La proposition actuelle du plan Trump est une éradication complète du Hamas et des services de sécurité de Gaza et en les remplaçant par une force internationale militaire arabe. Cela ne fonctionnera probablement jamais.
L’objectif devrait être de faire émerger de nouvelles forces de sécurité de maintien de l’ordre plutôt que d’éliminer toutes les anciennes, ce qui reviendra au même puisque les missions, les intervenants, les hiérarchies et l’organisation seront complètement changés.
Pour le faire il faudrait :
- créer un ou des camps de toile permettant de former les milliers de futures forces de sécurité, avec toute la logistique et le matériel nécessaire
- ouvrir des bureaux de recrutement qui vont recruter sur place tous les candidats potentiels: aucun cadre ne sera embauché autrement qu’au niveau hiérarchique le plus bas. Toute personne non apte à faire partie des forces de sécurité devra avoir un emploi pérenne proposé et suivi. Il n’y aura jamais d’embauche de groupes mais uniquement des individus, sans aucun grade.
- avoir des formateurs capables d’exercer des fonctions opérationnelles ( c’est à dire commander des patrouilles ou des unités tout en étant formateur)
- définir un programme de formation pour les 3 semaines à venir, à commencer par des tests physiques durant une semaine et éliminatoires si non réussis
- définir avec les futures autorités locales ( ou l’autorité palestinienne) un minimum de lois ou règles à appliquer
Cette opération de formation de nouvelles forces de sécurité ne doit pas être sous le contrôle de l’armée ( israélienne ou autre). Cependant, il faut prévoir un groupe d’inspecteurs qui sera composé d’1/3 d’israéliens, 1/3 de palestiniens, 1/3 d’inspecteurs internationaux ( arabes ou autres). Ce groupe d’inspection a accès à tout, partout, sur la base des renseignements connus des inspecteurs. Aujourd’hui, s’il y a un problème, l’armée israélienne bombarde et tue ce qui lui semble être le problème. Demain, c’est le groupe d’inspecteurs qui sera saisi du problème et qui devra impérativement le résoudre ASAP ( en quelques heures) aidé des nouvelles forces de sécurité.
L’Iran
Ce n’est pas la destruction des forces actuelles de sécurité qui devrait primer, mais leur transformation progressive.
Par exemple, il n’y a pas de forces anti-émeutes non armées capables de se déployer n’importe où. Le régime des mollahs montre son incompétence en envoyant au devant des foules des gardiens de la révolution armés, comme s’ils allaient combattre une armée étrangère qui n’existe pas. Cette incompétence s’est traduite par des milliers ( peut-être même des dizaines de milliers) de morts, les intervenants étant incapables de ramener l’ordre sans un bain de sang.
Comme il n’est pas prévu d’intervention au sol de troupes étrangères, il n’est pas réaliste de prétendre y former de nouvelles forces de sécurité.
Le remplacement des gardiens de la révolution par des forces anti-émeutes correctement formées et équipées est une étape importante. Si cette étape s’avère impossible, il y a risque d’une longue guerre civile ou d’une dictature dure et aveugle, même dans un régime officiellement affaibli.
Naej DRANER
Naej DRANER est un analyste et architecte de solution politico-sécuritaire.
Mis à jour le 21 mars 2026