Ukraine-Russie : Préparer et construire l’après-guerre


Que ce soit demain, dans un an , dans 5 ans ou dans 10 ans, il y aura un après-guerre. Il faudra le préparer et le construire.

La problématique globale sera la même et peut être imaginée et anticipée dès maintenant. Il n’est pas dans les habitudes européennes de réfléchir au-delà du court et moyen terme, mais il faudrait construire sur le court, moyen et long terme.

A très court terme, chaque belligérant contribue à l’escalade et espère régler militairement le problème. La Russie espère encore écraser l’Ukraine en commençant par le Donbass et l’Ukraine cherche une aide militaire telle qu’elle pourrait au moins stabiliser la situation à court ou moyen terme, voire même gagner la guerre. Autant dire que ce n’est pas demain la veille que commencera l’après-guerre, mais l’après-guerre pourrait dynamiter une grande partie des organismes existants en Europe ainsi que les flux économiques traditionnels qui ne seront peut-être pas rétablis avant très longtemps.

Il s’agit ici d’identifier les différents points importants de cet après-guerre :

  • Partenariat Europe-Russie
    En 2022, parler de partenariat Europe Russie peut faire sourire ou éventuellement s’indigner. De quel partenariat peut-il s’agir si l’autre ne respecte aucun engagement et aucun traité antérieur. Les accords de Budapest qui assuraient l’indépendance de l’Ukraine par la Russie n’ont pas été respectés. L’esprit des accords de Minsk qui reconnaissait l’ensemble du territoire ( hors Crimée) y compris celui des séparatistes, comme faisant partie de l’Ukraine n’est pas respecté. Que penser d’un partenaire qui change unilatéralement les termes d’un contrat et de la monnaie de paiement? La Russie recherche t-elle des vassaux qui s’inclinent suivant son humeur ? C’est ainsi que la Russie est perçue aujourd’hui. Un tel partenariat n’est pas réaliste aujourd’hui. La très grande majorité de la population russe habite dans la partie européenne de la Russie. Se tourner vers l’Asie comme le fait maintenant la Russie semble conjoncturel, comme une réaction de déni, de dépit et de volonté de puissance.
    Ce point d’un partenariat sera important.
  • La sécurité européenne
    L’OSCE a vu le jour parce que quelques pays européens voulaient éviter une guerre en Europe avec l’URSS et le bloc socialiste. Il faut reconnaître que l’OSCE ne remplit pas la mission principale pour laquelle l’OSCE a été construit. Pour ne pas perdre la face, l’OSCE multiplie des activités annexes, mais cela n’empêche pas qu’il ne sert à rien aujourd’hui dans le cadre de la guerre Russie-Ukraine. Même pire, son incapacité à maitriser un cessez-le-feu et à faire déboucher la moindre solution a probablement été un facteur favorisant la nouvelle guerre de 2022.
    Il faudra reconstruire un organisme européen de sécurité comme l’après guerre de la seconde guerre mondiale a reconstruit l’ONU sur les ruines de la société des Nations.
  • OTAN
    C’est une autre face de la sécurité européenne, comme une compensation à l’incapacité d’avoir un organisme européen qui assure la sécurité de chacun. La Russie a-t-elle remarqué l’effet inverse de ce qu’elle voulait obtenir? La Russie voulait éloigner des pays de l’OTAN : plusieurs pays s’y précipitent. La Russie vient de donner une nouvelle jeunesse à l’OTAN avec un objectif clair: défendre chaque pays contre la Russie.
    Une alliance moribonde ressuscitée grâce à la Russie : bravo Monsieur Poutine!
  • Un nouvel ordre mondial
    Le Conseil de sécurité ne fonctionne pas et est incapable d’avoir un rôle facilitant le règlement de la guerre Russie-Ukraine. Il va falloir faire quelque chose, ne serait-ce que réformer le fonctionnement du Conseil de sécurité.
    Un nouvel ordre mondial ne se limite pas à remplacer un impérialisme par un autre, tout aussi, voire plus, arbitraire. Bien sûr il faut un nouvel ordre mais bâti sur des règles communes à tous et capables d’être respectées sans être changées unilatéralement par un ou des pays qui confondent ordre et dictature
    .

Et bien sûr un règlement Russie-Ukraine. En Avril 2022, la négociation Russie-Ukraine est une tentative de la Russie d’obtenir par la diplomatie ce qu’elle entend obtenir par la force. Il faut probablement attendre un peu pour que la Russie apparaisse un peu sérieuse dans les négociations. Nous nous retrouverons dans une situation similaire à celle des accords de Minsk 1 ou 2 qu’il faudra renégocier. Le territoire occupé par les séparatistes et la Russie sera différent, mais il faudra repartir d’une nouvelle réalité pour reconstruire quelque chose qui pourrait être “les accords de Ksnim“, ou comment chercher son avenir en le regardant à l’envers du passé.

Il faudra alors :

  • Trouver un ou des scénarios de sortie de crise,
  • Établir un cessez-le-feu,
  • Mettre en place un système de supervision du cessez-le-feu,
  • Faire respecter le cessez-le-feu,
  • Reconstruire ce qui a été détruit,
  • et laisser de longues années passer avant d’aboutir à une vraie réconciliation entre les 2 pays.

Ce serait bien si on ne refaisait pas les mêmes erreurs que celles qui ont été faites et si, pour une fois, on pouvait faire respecter un cessez-le-feu qui tienne.

Mis à jour le 27 Avril 2022

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