Iran/Etats-Unis – Cas d’école : l’escalade et l’impasse


La guerre Iran/États-Unis pourrait être l’occasion d’étudier plusieurs cas d’école. Celui qui est examiné ici est l’escalade.

Depuis le 7 Juillet, c’est l’escalade. Elle continue jour après jour. Les deux belligérants justifient leurs actions militaires en prétendant faire revenir l’autre à la table des négociations.

Quand l’Iran dit que les actions militaires continueront tant que les États-Unis continueront, c’est un cas de blocage (ou « deadlock »). Cela va continuer parce que chaque camp attend que l’autre arrête. Si chaque camp conditionne son arrêt à celui, préalable, de l’autre, il n’y a aucune perspective autre que l’escalade.

Chaque belligérant ne voit que les événements qui permettent de s’indigner et de justifier l’escalade

C’est le propre de toute guerre:

  • chaque belligérant ne voit qu’une partie de la réalité,
  • chaque belligérant croit que son action militaire décisive va provoquer une désescalade. C’est l’inverse qui se produit.
  • chaque belligérant met en avant les violations de l’autre, en ignorant soigneusement les siennes.

Tous les belligérants ont violé le protocole d’accord signé le 17 Juin

Pratiquement tous les 14 points ont été violés par les 2 camps.

On peut commencer par le point 1 : c’est supposé une interdiction de tout recours militaire. Tirer contre un navire est une violation, bombarder un objectif militaire est une violation, bombarder les bases américaines est une violation, etc.

Que pourraient faire les négociateurs qui ont négocié le protocole d’accord signé le 17 juin?

  • prétendre négocier un nouvel accord ? Cela ne sert à rien, tout ce qui était attendu est déjà dans l’accord. On pourrait préciser certains points en faisant des notes d’application qui ne sont que des réponses à une question posée sur le contenu du protocole d’accord
  • Il faudrait obtenir un nouveau cessez-le-feu pour 24 h plus tard (afin que l’ordre soit retransmis aux différentes hiérarchies militaires avant application). Si c’était un cessez-le-feu à effet immédiat, il serait immédiatement violé et mis en cause,
  • proposer un système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu. Il doit être permanent, connu et accepté de chaque camp,
  • recueillir les points du protocole d’accord à renégocier ou à préciser et prévoir de commencer ces prévisions 48 heures ou 72 heures après l’entrée en vigueur effective du cessez-le-feu
  • Il y a un point qui concernait le statut du détroit d’Ormuz à négocier avec Oman et les pays riverains du Golfe persique. Il devrait être mis en œuvre dès que possible. Le cadre d’un Conseil du Golfe Persique serait adéquat, sinon il faut en trouver un autre.

Y a-t-il une vraie volonté d’arrêter la guerre et d’entamer une désescalade ?

Ce sujet interpelle. Chaque belligérant justifie ses violations par les violations de l’autre, comme un prétexte pour ne pas avoir à appliquer le protocole:

  • Première violation : l’Iran a décidé qu’elle est la seule à définir les routes maritimes et a joint des menaces, suivies de tirs contre les navires. Cette violation est incontestable.
  • Deuxième violation : les États-Unis, faute d’un système de supervision qui serve d’arbitre et qui corrige le comportement adverse, entend punir militairement l’Iran de la première violation. C’est une nouvelle violation.
  • Troisième violation : l’Iran, suite à la deuxième violation, considère devoir aussi punir les États-Unis et s’en prend militairement à des bases américaines et des alliés des américains
  • Ensuite, toute une série de violations sont des réponses aux violations précédentes et aboutissent à invalider progressivement presque tous les points du protocole d’accord.

Y aura-t-il un vainqueur militaire ?

Peu probable. Les États-Unis ne pourront pas empêcher des actions militaires contre les navires sans occuper une grande partie de l’Iran. l’Iran ne pourra obtenir des pays riverains du Golfe Persique le moindre accord pour réglementer et contrôler seul le détroit d’Ormuz.

Militairement, chaque belligérant a un grand pouvoir de nuisance mais chaque belligérant est incapable de contrôler militairement la situation comme il l’espère.

A terme, ils seront tous les deux perdants et il semble exclu que l’un ou l’autre belligérant réussisse à détruire totalement son adversaire.

L’espoir de chaque belligérant de convaincre militairement son adversaire pousse à une escalade et non à une désescalade.

Alors c’est l’impasse ?

En quelque sorte. L’escalade actuelle nourrit des espoirs de solutions militaires qui ne paraissent pas réalistes.

Le 24 juillet 2026

Naej DRANER

Naej DRANER n’est qu’un observateur d’une situation sur laquelle il n’agit pas. Réfléchir et proposer n’est pas agir. Avoir des idées, bonnes ou mauvaises, est sans intérêt quand on n’a aucun moyen d’agir.