17 Octobre – sécuritaire


Ce qui caractérise la France dans son ensemble aujourd’hui est une déstructuration et une convergence des mécontentements.

Déstructuration

Concrètement qu’est ce que cela signifie. C’est une décomposition progressive qui se traduit dans une multiplication de groupes autonomes. Ce sont des mouvements sans leadership affirmé mais capables d’agir simultanément. Mouvements sans colonne vertébrale apparente. La fragmentation progressive des mouvements politiques en est aussi une autre forme.

Cela se rapproche des mouvements autonomes d’autrefois en Italie il y a 30 ou 40 ans.

La lecture de toutes les informations disponibles sur ce qui s’est passé et les acteurs traduits devant la justice laisse perplexe. Il n’y a pratiquement aucun des casseurs « professionnels » qui aient été pris, sauf pour la mairie de Limoges, ce qui est bien maigre.

Ceux qui ont été pris et sont jugés sont des second couteaux, suffisamment naïfs pour étaler ce qu’ils pensent être leur sentiment de puissance sur les réseaux sociaux et oser revendre leur butin publiquement. La justice va s’acharner sur eux mais ne touchera probablement pas les vrais casseurs.

Quel dispositif sécuritaire peut être efficace?

Peut-on amener les manifestations à se structurer ? C’est à dire à organiser leur propre service d’ordre ? S’il y a des manifestations avec participation officielle de syndicats et de groupes structurés, OUI. Mais la déstructuration se manifeste par une décomposition générale et un refus tout aussi général d’autorité. Amener les manifestations déclarées et autorisées à se structurer avec un service d’ordre serait bien, mais relève probablement de la mission impossible avec des cultures de préfet hétéroclites. Mais il faut qu’une ou plusieurs manifestations soient autorisées et que les organisateurs officiels soient aidés.

L’organisation locale peut-elle s’adapter ? Avec la multiplication de petits groupes, l’organisation locale doit pouvoir s’adapter vite pour isoler les vrais casseurs et laisser les autres manifester pacifiquement. Cela suppose une autonomie de décision locale, ce qui semble avoir manqué et n’existe pas plus dans le dispositif sécuritaire prévu.

Le danger de militaires armés. On dit que des militaires vont avoir certaines missions, mais lesquelles et avec quel équipement. Mettre des militaires dans la rue en face de manifestants avec des armes létales est le moyen le plus sûr de faire dégénérer une manifestation un peu violente en émeute. Cela peut se faire pour une protection de bâtiments fixes ou de commerces potentiellement ciblés, mais il faut être très prudent sur les moyens qui leur sont laissés. Ils ne sont pas formés pour le maintien de l’ordre et une bavure est vite arrivée quand la peur s’installe.

Une foule sans tête apparente. Que penser de la mise en accusation de LFI comme bouc émissaire du désordre ? Cela me laisse sceptique mais va provoquer l’effet inverse que celui recherché. L’absence de preuves et de structures risque de les renforcer. Une foule sans tête peut être sensible à une négociation lancée à la fois au sommet apparent et localement à chaque département et région. Mais cela demanderait que les autorités françaises changent de discours et de braquet. Le président de la République a annoncé officiellement quelque chose pour les jeunes, mais cela n’a été suivi de rien de concret, si ce n’est se donner l’impression de parler avec des têtes ( syndicats et partis) qui ne sont pas les vraies têtes. Il faudrait un leadership charismatique pour avoir prise. Et malheureusement le seul charismatique qui surfe sur cette vague est celui qui est mis en accusation.

Pas de rapport apparent avec le « Cycle Quésako » et probablement pas avec la théorie du Retour. La France a un « cycle du Retour » particulier dans lequel on retrouve mai 68 et quelques éruptions violentes. C’est un cycle d’inconscient collectif propre à la France qui est décalé ( en retard) d’à peu près 4 ans par rapport aux pics d’amplification du « Cycle Quésako ». Il est trop tôt pour confirmer ou infirmer que cela a un rapport. La première conclusion est que ce phénomène aurait pu être un facteur d’amplification mais les causes réelles et le système sécuritaire défaillant suffisent à expliquer ce qui s’est passé.

Crédibilité du système de sécurité en préparation ? Honnêtement, je ne peux juger de ce dont je ne suis pas au courant. Les bribes d’information sont trop fragmentaires pour confirmer quoi que ce soit. IL est vraisemblable que le désastre du 17 octobre provoquera un sursaut qu’il faut espérer pacifique.

Pourquoi l’absence de vrai dialogue et de projet de la part du sommet de l’État Français ?

C’est la marque de nos dirigeants actuels : tenter de faire preuve d’autorité, sans rien lâcher et sans rien proposer. Ce fut le cas des gilets jaunes et de plusieurs revendications au fil du temps.

Un effet d’annonces au sommet aurait pu avoir de l’effet avant samedi. Il n’y a rien de prévu d’ici là, d’après mes informations, si ce n’est renforcer la mise en accusation et faire tourner une justice expéditive. Cela ne veut pas dire qu’il faut céder mais qu’il faut choisir quelques problèmes à régler (voir l’article précédent) et l’annoncer et y mettre les moyens.

Se cantonner dans l’absence de projet ne fera que renforcer une colère diffuse et convergente. Le dispositif sécuritaire a besoin d’être soulagé par un espoir réel qui doit se concrétiser dans un projet, sans attendre uniquement un pourrissement des vacances.

Le 22 Octobre 2026

Naej DRANER