Cessez-le-feu : sommes-nous des ignorants ou des imbéciles?


Ces dernières années ont vu apparaître une série de dirigeants dont la particularité est la même: un usage immodéré de la force et la croyance que leur supériorité militaire leur suffira pour assurer la paix. La paix, pour eux, n’est que l’expression de leur victoire militaire. Netanyahou, Trump, Putin sont quelques-uns des représentants de cette nouvelle génération.

Quand il s’agit de cessez-le-feu, l’ignorance semble reine. Ils prétendent tous transformer leur force en cessez-le-feu qui n’est qu’une trêve fragile si elle voit le jour.

Pendant des années, j’ai eu l’impression que les dirigeants essayaient d’appliquer quelques principes pour aboutir à un cessez-le-feu. Ces dernières années, ce n’est même plus le cas. On ne se donne plus la peine de faire semblant d’appliquer quelques principes. On menace à tour de bras, comme le seul principe reconnu pour avancer. Sont-ils ignorants ? Probablement. Sont-ils des imbéciles ? Probablement aussi, mais ils se présentent comme des nouveaux génies de notre époque, prétendant un jour être le roi de la paix et se comportant le lendemain comme le roi de la guerre.

Kissinger disait qu’un dirigeant se limite à des textes de type Reader’s digest. Quelques pages, pas trop compliquées et surtout rien de savant.

Ces quelques pages existent-elles et sont-elles accessibles quelque part? Peut-être mais je ne les vois pas trôner dans la culture générale de nos dirigeants.

Imaginez que vous ayez à faire demain un cessez-le- feu, que devez-vous savoir pour y réussir ?

D’abord il faut un accord minimum qui peut-être simplement de se laisser le temps de négocier. Au-delà de cet accord de principe, il faut le mettre en œuvre.

Vous devez comprendre que tout cessez-le-feu commence par être violé, simplement parce que tous les combattants n’ont pas été informés ou font semblant de ne pas l’être. Il faut donc annoncer le cessez-le-feu pour quelques heures plus tard ( moins de 24 h). Ce temps est celui de la transmission à travers les hiérarchies combattantes existantes.

Comme il y aura toujours des bavures, il faut aussi donner l’ordre de ne pas répondre aux bavures et provocations de l’adversaire.

Pour éviter que chaque incident ne se transforme en nouvelle guerre, il faut un système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu. Il peut être simple ou complexe, suivant la situation, mais dans tous les cas chaque incident doit être réglé dans les minutes ou l’heure qui suit si on veut que le cessez-le-feu tienne. Aujourd’hui, la plupart des cessez-le-feu actuels n’ont pas de système de supervision et de contrôle capable de réagir en quelques heures. La grande spécialité d’Israël est de répondre militairement à chaque bavure : c’est le nouveau système de supervision israélien, summum d’ignorance et d’une grande bêtise d’une armée qui se croit invicible, au-dessus de tous et qui pense que la terreur permanente qu’elle exerce lui suffit comme garantie d’un cessez-le-feu : cela donne les trêves fragiles de Gaza et du Sud-Liban, éternels recommencements de la science du cessez-le-feu israélienne. A chaque fois, on occupe une partie du territoire adverse en prétendant que c’est la solution pour assurer un cessez-le-feu durable. On ne compte plus le nombre de fois où l’armée israélienne a occupé et démoli une partie du Sud-Liban afin d’assurer un cessez-le- feu durable.

Il est vrai que le système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu n’a jamais correctement marché avec la FINUL. Pour que cela marche, il faudrait que chaque incident donne lieu à une réaction quasi immédiate avec les coordinations militaires de chaque camp. La coordination militaire et la supervision du cessez-le-feu au Sud-Liban prend plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le système ne permet pas de garantir à l’armée israélienne que les combattants à l’origine de l’incident seront atteints et neutralisés par le système de supervision. Neutralisé ne veut pas dire militairement, mais en jouant sur les coordinations hiérarchiques.

Idem pour Gaza en pire : il n’y a aucun système de supervision connu autre que le système de commandement israélien aidé d’un système IA de définition de cible. Ce système IA transforme les bruits de chiottes en certitudes et comme il n’y a plus personne pour vérifier si l’impact des tirs avait un sens, c’est devenu du grand n’importe quoi et de l’arbitraire militaire.

Alors, le cessez-le-feu USA-Iran va-t-il tenir ? Comme à leur habitude, chaque camp va multiplier les menaces. Ces menaces se transformeront-elles en nouvel épisode de guerre ? Si tel est le cas, la capacité pétrolière et le trafic du Golfe Persique seront arrêtés pour plusieurs mois. A force de menacer, ils risquent de se sentir obligés de mettre à exécution leurs menaces.

Nous cumulons ignorance et imbécilité.

Et le cessez-le-feu Ukraine-Russie ? La préparation actuelle par les européens est un gentil travail d’amateur. Aucun des dirigeants actuels européens n’a jamais mis en œuvre le moindre cessez-le-feu et ils pensent naïvement qu’il suffirait qu’il y ait une force militaire crédible pour assurer un cessez-le-feu. Gentil mais inefficace. Ils ont oublié le cessez-le-feu de 2014 à 2022 dans le Donbass et ont oublié que le cessez-le-feu n’a jamais été complètement respecté, ni même compris ce qu’il aurait fallu faire pour qu’il tienne. Cela a toujours été un travers des dirigeants ukrainiens : ils cherchent l’appui d’une force militaire qui balaierait leurs adversaires ou les tiendrait en respect, sans construire de solution politique ou diplomatique. Cela a toujours été le cas depuis 2014 et c’est encore le cas. Leurs alliés ne les aident pas à construire un avenir autre que militaire.

Naej DRANER

Le 21 avril 2026