Modélisation du déclenchement des guerres

A la recherche d’un modèle de compréhension des guerres compatible du «Cycle des Guerres”

Dans ce qui est observé à propos du «Cycle des Guerres», il faut constater que la compréhension traditionnelle des guerres ne nous aide pas beaucoup. Quand on dit que la crise de 1929 est la cause de la seconde guerre mondiale, cela laisse croire qu’on puisse réduire une guerre à une seule cause.
Ainsi certains pourraient considérer que le « Cycle des Guerres » est LA cause des guerres. Cette affirmation n’a pas de sens. Le « Cycle des Guerres » n’est pas LA cause des guerres mais simplement un phénomène qui favorise les guerres à certaines périodes. Le «Cycle des Guerres» exacerbe, amplifie des violences au point qu’elles puissent dégénérer en guerres, mais la guerre peut avoir été déclenchée à des périodes les plus improbables. De plus, il y a certaines époques où le phénomène du «Cycle des Guerres » n’a quasiment pas d’effet. Il faut donc essayer de trouver un modèle de compréhension des guerres qui soit cohérent avec les observations faites à propos du « Cycle des Guerres ».
Ce qui suit est un essai de trouver une explication satisfaisante compatible avec ce qui a été observé. Elle fait appel à plusieurs concepts différents. Elle entrouvre une nouvelle compréhension des guerres.
Pour comprendre ce modèle de compréhension des guerres il faut avoir en tête 2 phénomènes et leur combinaison :
Phénomène A – un phénomène sinusoïdal qui exacerbe ou atténue les tensions
Phénomène B – une explication du déclenchement des guerres
Et enfin, la combinaison de ces 2 phénomènes

Phénomène A – Le « Cycle des Guerres » : un phénomène sinusoïdal qui amplifie ou atténue les tensions

Il y a des périodes où les violences sont exacerbées et d’autres où elles sont atténuées. Le passage de l’un à l’autre est progressif.

Phénomène B – Une explication du déclenchement des guerres

Lorsque certains disent que la crise de 1929 a été la cause de la seconde guerre mondiale, il serait plus normal de dire que ce fut une cause qui s’est ajoutée à d’autres comme l’antagonisme franco-allemand de l’époque, ainsi que le traité marquant la fin de la première guerre mondiale, perçu comme une vexation à réparer. Ce sont 3 causes qui se sont cumulées. Il y en a encore d’autres comme la personnalité d’Hitler. Et à toutes ces causes s’est ajouté ce phénomène sinusoïdal à l’origine du « Cycle des Guerres » qui apparait comme une cause complémentaire.

Cette dernière cause ne représente pas plus de 20% de l’ensemble de ces causes conduisant à la guerre, mais ajoutée aux autres elle a pu suffire pour déclencher une guerre.
La polémologie (dans les revues de l’institut de polémologie dans les années 70) a distingué principalement 3 niveaux de causes :

  • les causes structurelles qui correspondent  à des causes permanentes (différences religieuses, culturelles, raciales, institutionnelles)
  • les causes « conjoncturelles » qui correspondent à la succession d’événements qui précèdent la guerre sans en être la cause immédiate.
  • la cause immédiate, c’est à dire l’événement qui est à l’origine du déclenchement de la guerre

L’ensemble des causes s’accumulent et peuvent devenir supérieures à un seuil de déclenchement de guerre.
Une guerre ne se déclenchera que si le cumul des causes dépasse un seuil appelé « Seuil de déclenchement de guerre ». Cette notion de seuil est considérée comme fondamentale.
Au-delà de ce seuil, il y aura un incident qui va déclencher le début de la guerre. L’accumulation des tensions aboutit de toute façon à un incident ou action qui va marquer le début de la guerre.

La violence est différente avant et après le seuil de déclenchement de guerre. Après le franchissement de ce seuil, la guerre donne l’impression de s’auto-alimenter. La guerre contribue elle-même à son extension. Autrement dit, une fois franchi le seuil de déclenchement de guerre, le niveau de violence devient tout de suite beaucoup plus important.
L’effort à fournir pour mettre fin à une guerre est beaucoup plus grand que celui pour l’éviter.

Combinaison des phénomènes A et B sur un pic d’amplification de guerre

Cas 1: Cas où le cumul des causes est légèrement inférieur au seuil de déclenchement de guerre.
Dans ce cas, le « Cycle des Guerres », lors d’un pic d’amplification de guerre, agit comme une cause supplémentaire qui va faire dépasser le seuil de déclenchement de guerre et va donc transformer la tension permanente en guerre.

C’est ce qui explique le choix des contextes retenus et pourquoi ils permettent de faire quelques prévisions.

En s’intéressant aux conflits récurrents ( ex : conflit israélo-arabe) qui donnent toujours l’impression d’être au bord de la guerre sans y entrer, on détermine  ainsi les guerres probables lors des prochaines périodes d’amplification

Cas 2: Cas où le cumul des causes conjoncturelles et structurelles est très inférieur au seuil de guerre.

Dans ce cas le « Cycle des Guerres », lors d’un pic d’amplification de guerre, agit comme une cause supplémentaire mais il n’y a pas de guerre parce que le seuil de déclenchement de guerre n’est pas atteint.

Cela permet aussi d’imaginer des moyens d’action. Ne connaissant pas l’origine du phénomène périodique à l’origine du « Cycle des Guerres », nous ne pouvons pas agir sur cette cause. Seules les causes connues peuvent être atténuées. Des négociations classiques et vigoureuses peuvent permettre de diminuer les tensions et les causes de guerre. Si elles sont menées avant la prochaine période d’amplification, on peut espérer éviter une guerre à venir.

Cas 3: Cas où le cumul des causes conjoncturelles et structurelles est bien supérieur au seuil de guerre, avant même le pic d’amplification de guerre.

Dans ce cas, il y a déjà une guerre avant la période d’amplification de guerre. Il n’y a pas de nouvelle guerre puisqu’elle a déjà commencé. La période d’amplification peut favoriser une « sur-violence » visible à travers une escalade militaire (locale, régionale, internationale) ou de nouvelles violences. Plusieurs cas permettent de conforter cette hypothèse :

  • début 1964, les bombardements au Vietnam marquent une escalade militaire au moment du pic d’amplification. La guerre a officiellement commencé depuis quelque temps, mais la vraie escalade se produit sur ce pic.
  • La guerre en Irak a commencé en 2003, au moment d’un pic d’atténuation, la victoire américaine a été suivie d’une guerre civile irakienne qui coïncide bien avec la période d’amplification de guerre. Voir la partie “matérialisation du Cycle des guerres par des milliers de mesures“. Cela montre une sur-violence qui s’ajoute à la guerre déclenchée au moment le plus improbable. Ces violences internes à l’Irak ont augmenté jusqu’au pic d’amplification de guerre et ont ensuite régulièrement diminué, jusqu’à reprendre progressivement avec l’arrivée du pic d’amplification suivant et la guerre contre l’État Islamique.
  • La guerre en Syrie a commencé en 2011, à un pic d’atténuation, contredisant donc apparemment le cycle des guerres. Mais connaissant cette combinaison 3, j’ai prévu en 2012 qu’il y aurait une escalade régionale de la guerre syrienne lors du pic d’amplification prévu fin 2015. Cette extension de la guerre a commencé en 2014 et s’est poursuivie en 2015 et 2016 avant que ne commence le reflux de l’État islamique.

Il est important de comprendre que ce modèle de déclenchement des guerres et ces 3 combinaisons identifiées permettent de mieux comprendre l’effet de ce “cycle des guerres” qui peut être visible de différentes manières:

  • le déclenchement d’une nouvelle guerre (Cas 1)
  • l’escalade ou l’extension de la guerre dans un périmètre plus large (Cas 3)
Ce qu’il faudrait faire pour compléter cet embryon d’explication des guerres

Seuls quelques concepts ont été posés. Ils permettent d’expliquer que le phénomène cyclique n’est qu’une cause parmi d’autres.

Pour aller plus loin, il faudrait quantifier les causes des guerres afin de transformer ces concepts en quelque chose de mesurable. C’est une autre réflexion qu’il faudrait mener et qui n’est pas abordée ici.
Les principes posés ici permettent de comprendre que dans certains cas le « Cycle des Guerres » peut provoquer des guerres, dans d’autres cas n’en provoquer aucune ou provoquer une escalade ou extension d’une guerre déjà existante.

Ces principes se raccrochent à des concepts plus classiques de la compréhension des guerres. Le « Cycle des Guerres » ne met pas en cause ces explications mais les complète en identifiant une cause supplémentaire qui était, jusqu’à présent, invisible et qui s’ajoute à celles qui préexistent déjà.
Ce modèle de compréhension des guerres est cohérent avec ce qui est observé. Le « Cycle des Guerres » ne produit pas systématiquement une guerre mais indique les conditions dans lesquelles il peut favoriser une guerre ou une escalade.
La meilleure image reste celle de « la goutte qui fait déborder le vase ». Cette expression française rappelle que si le vase n’est pas presque plein, la goutte ne le fait pas déborder. Le « Cycle des Guerres » n’a donc d’effet que lorsqu’il y a déjà des tensions préexistantes qui vont se transformer en guerre au moment du pic d’amplification des conflits/guerres.
Cette explication brise aussi le fatalisme que certains pourraient y voir et permet de comprendre que les prévisions des guerres possibles vont s’appuyer d’abord sur une méthode classique d’analyse des guerres, avant d’identifier les conflits qui pourraient dégénérer en guerre.

mis à jour le 25 octobre 2020