Au sens strict, le Yémen ne fait pas partie du Conseil du Golfe Persique et ne devrait pas en être membre, à moins d’étendre le Golfe Persique au Golfe d’Oman, ce qui n’est pas prévu.
Mais le Yémen est une caisse de résonance des tensions et conflits entre plusieurs membres des pays riverains du Golfe Persique : Arabie saoudite, Iran, Émirats Arabes Unis (et Oman dont le rôle semble s’être limité à de possibles médiations). Au moins 3 pays accentuent les problèmes internes qui poussent les habitants et groupes locaux à chercher un ou des sponsors externes en tentant de régler leur guerre par des appuis extérieurs, en espérant en obtenir un avantage militaire décisif.
Complexité du Yémen
Il sera probablement plus facile de trouver une solution au détroit d’Ormuz que de trouver une solution aux conflits et guerres Yéménites.
Le pays est instable pour plusieurs raisons:
- Historiquement, le Yémen a pris l’habitude de vivre dans 2 pays différents et il y a des différences et réalités historiques,
- Les groupes évoluent dans le temps, mais accentués par la pauvreté et le besoin de survivre, il y aura toujours un ou des groupes qui demanderont à des pays étrangers de les aider, ce qui aboutira à un armement lourd hors de proportion avec leurs besoins.
- L’évolution interne peut être rapide, rendant caduque les tentatives de règlement précédentes. Le règlement de 2022, facilité par la Chine, est certainement obsolète pour plusieurs raisons : la guerre Iran-USA pousse l’Iran, à travers les gardiens de la révolution à ouvrir un second front contre l’Arabie saoudite qui semble être devenue leur bête noire, puisque c’est le seul pays du Golfe a avoir été très peu touché par la fermeture du détroit d’Ormuz. Les Houthis sont-ils autonomes sur les attaques en mer rouge ? Ils ont reçu tous les équipements spéciaux déjà utilisés par l’Iran dans le détroit d’Ormuz. Simple hasard ? Je ne crois pas. C’est la marque de fabrique des proxy de l’Iran d’agir indirectement pour l’Iran. En poussant les Houthis à faire un chantage permanent sur le détroit de Bab-el-Mandeb, les gardiens de la révolution n’ont pas compris qu’ils viennent de se fermer la porte quasi définitive à tout péage du détroit d’Ormuz. Tout le monde a bien compris qu’après le détroit d’Ormuz, il y aura Bab-el-Mandeb, puis ensuite ??? Tout ceci rend le projet de péage définitivement inacceptable. A vouloir être trop gourmand, il ne va pas rester grand chose.
Depuis 2022, il y a eu de nouveaux groupes armés et de nouveaux intervenants extérieurs, même s’ils ont quitté partiellement la scène fin 2025. - Tenter un règlement du problème yéménite à travers quelques composantes ( exemple Arabie saoudite et Iran, comme tenté par la Chine en 2022) ne semble pas suffire.
Chercher et trouver les constantes yéménites
Certains prônent un seul État, d’autres prônent plusieurs États. Je ne crois pas que le problème soit là. Il y a certainement un niveau manquant entre l’État unique et les réalités locales. Faut-il définir des régions avec une large autonomie ou des États dans une structure fédérale ou confédérale ? Nous ne savons pas à ce stade quelle est la bonne solution, mais il faut faire vivre une réflexion et un processus à différents niveaux:
- S’il y a une langue yéménite partagée, c’est déjà un point en faveur d’une structure commune, même si elle devait être plus légère qu’un régime présidentiel qui n’est pas adapté dans une aussi grande diversité locale.
- Quelles sont les activités globales aux 2 ou 3 entités qui peuvent être gérées ensemble : Électricité, Réseaux routiers, téléphone, Armée tournée vers l’extérieur ??
- Les gisements de minerais ou produits pétroliers peuvent-il rester une exploitation commune à tous dont les bénéfices seront reversés aux différentes entités ? Hypothèse qui pourrait éviter d’armer quelques groupes simplement pour s’approprier des gisement existants.
- La recherche des constantes yéménites devrait aider à trouver un socle acceptable global
Repartir du niveau administratif le plus bas
Le niveau administratif le plus bas est le gouvernorat avec des configurations très différentes. Ce niveau administratif fonctionne-t-il et quels sont les regroupements naturels que nous pourrions utiliser pour redéfinir quelques régions ou entités? Il faudrait une enquête terrain pour pouvoir y répondre.
Regrouper les intervenants extérieurs
l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Iran devraient siéger ensemble dans un fonds de développement du Yémen. L’utilisation actuelle de l’une ou l’autre des composantes par les intervenants extérieurs ne permet pas d’avoir un rôle apaisant pour le Yémen. Cela l’aide à le faire exploser et prolonger un conflit sans fin.
Au contraire, l’urgence humanitaire existante en différents lieux au Yémen pourrait être prise en compte par ces intervenants extérieurs groupés dans un seul fonds. Un peu moins d’armes et un peu plus de quoi survivre.
Se garder d’une solution magique et immédiate
Le Yémen n’a pas de solution magique immédiate. Beaucoup s’y sont essayés, y compris le Conseil de Coopération du Golfe et différents pays comme la Chine. Temporairement, il a été possible de calmer le jeu.
Il manque une institutionnalisation des échanges entre tous les pays du Golfe
Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) a été une machine d’exclusion et de conflit avec l’Iran. Si on veut que l’Arabie saoudite et l’Iran se parlent, il faut attendre une diplomatie qui essaie de les réunir, comme l’a tenté la Chine, mais ils n’appartiennent à aucune institution pour laquelle ils partageraient un but commun.
Aujourd’hui, ils sont dans la confrontation à long terme. Il y aura probablement plus de 30 milliards d’Euros ou dollars investis par les pays membres du CCG pour trouver un moyen de minimiser l’importance du détroit d’Ormuz. Ces mêmes pays ne trouveront pas d’accord pour consacrer 20 millions d’Euros ou dollars pour tenter autre chose, comme une approche nouvelle comme un « Conseil du Golfe Persique ». Même si plusieurs pays s’y détesteront, ils pourraient au moins se parler de temps en temps.
La multiplication des échanges entre pays, comme celle qui a eu lieu entre les pays européens après la seconde guerre mondiale a été , certainement, un facteur déterminant pour surmonter la guerre et vivre en paix, entre européens, depuis la fin de la guerre mondiale.
Avez-vous, pays du Golfe Persique, d’autres projets que de vous faire la gueule et construire des pipelines permettant de se passer du détroit d’Ormuz? Vous avez de l’argent par dizaines de milliards, est-ce la seule utilisation possible ?
Croyez-vous, Iran, qu’il suffit de faire une opération de racket auprès de vos pays riverains, à coup de destructions et de chantage, pour qu’ils vous aident à vous relever ? Ils vous diront que compte tenu des destructions que vous avez provoquées et des moyens qu’ils préparent pour se passer de vos chantages, ils n’ont plus de milliards pour investir dans votre avenir. La contrainte et vos menaces les feront fuir. Continuez comme cela : vous vous retrouverez un jour ou l’autre dans un mur qui semble vous attirer de jour en jour, ivres que vous êtes de ce que vous pensez votre puissance en usant de votre pouvoir de nuisance. Détruire les autres ne construira rien mais aidera tout le monde à vous fuir comme la peste.
Le Yémen aurait pu bénéficier de votre compréhension collective, mais c’est mal parti.
Le 27 août 2026
Naej DRANER (naej.draner@gmail.com)