Iran : le pouvoir politique iranien maîtrise-t-il toutes ses composantes militaires?


La question est importante puisqu’elle conditionne la crédibilité du respect d’un cessez-le-feu en cas d’accord.

Qui est le pouvoir politique iranien ?

Cette question n’a pas de réponse simple.

  • Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei ?
    Théoriquement oui, mais nul ne sait avec exactitude sa capacité actuelle à mener ses activités et ses fonctions. La nomination de responsables militaires est dans ses prérogatives mais l’absence complète d’autres orientations ou de suivi des négociations qui ont eu lieu laissent planer un doute sur sa capacité à définir et faire exécuter ses orientations
  • Le président, le chef de gouvernement, le président du parlement iranien ?
    Théoriquement non, mais ils se mettent tous en avant de temps à autre comme s’ils représentaient le pouvoir politique iranien.

L’ambiguïté actuelle semble faire partie du jeu politique habituel de l’Iran, qui lui permet de tester des pistes, sans s’engager ni respecter ses engagements.

Les actions militaires iraniennes émanent-elles toutes du pouvoir iranien ?

La structure militaire iranienne est à la fois centralisée et autonome. L’autonomie permet la résilience à un événement majeur comme la décapitation du pouvoir politique et militaire qui n’a qu’un effet limité et accentue les conflits internes. L’autonomie est aussi responsable d’actes militaires non contrôlés et non assumés par le pouvoir iranien.

Quelques exemples:

  • Les premières frappes en Juillet contre des pétroliers et tankers après l’accord du 17 juin 2026 ne respectent rien de l’accord du 17 juin. Les gardiens de la révolution pouvoir ont sorti de leur chapeau des règles qui ne correspondent pas à l’accord, suivant lequel l’Iran décidait, seule, des routes pouvant être empruntées dans le détroit d’Ormuz. A ces frappes, Trump a réagi en violant, lui aussi, l’accord et en s’autorisant des frappes contre des installations militaires. Le pouvoir iranien a soigneusement évité de mettre en avant ses violations mais s’est appuyé sur les frappes américaines pour prétendre que seuls les américains avaient violé l’accord. Ces premières frappes étaient-t-elles un acte centralisé ou un acte isolé désorganisé ? Pas clair. L’absence de système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu fait que c’est parti en vrille dès qu’il y a eu un incident un peu sérieux.
  • Les Émirats Arabes Unis ont accusé l’Iran d’avoir envoyé des missiles, ce qui a conduit à l’arrêt de tous les échanges entre les EAU et l’Iran. L’Iran a démenti ( actualité des 18 et 19 Juillet).
    Le démenti de l’Iran est-il crédible ? Non et c’est le problème. Un pouvoir central qui prétend ne pas être responsable des provocations dont il est difficile de savoir si elles sont délibérées ou reflètent l’incapacité du pouvoir iranien à contrôler toutes ses composantes militaires.

Quelles mesures faudra-t-il prendre pour s’assurer de la bonne exécution d’un cessez-le-feu?

Différentes mesures seront nécessaires:

  • Définir un système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu,
  • S’assurer que des ordres de cessez-le-feu sont bien transmis à toutes les composantes militaires,
  • S’assurer que le pouvoir iranien accepte bien des enquêtes internes en cas de violation constatée et d’en rendre compte auprès du système de supervision et de contrôle du cessez-le-feu.

Le pouvoir iranien est-il crédible pour accepter un accord et cessez-le-feu ?

NON, pas plus que les États-Unis. L’un comme l’autre jouent des violations de l’autre pour se justifier et ne pas respecter un accord, quel qu’il soit. La différence entre les 2 est que les violations des Etats-Unis viennent toutes d’un ordre de Trump, suivant incident constaté, et que les violations de l’Iran viennent de composantes militaires iraniennes non assumées par le pouvoir iranien. Le fait que le guide suprême iranien était plutôt supposé opposé à l’accord du 17 juin a encouragé de nombreuses composantes iraniennes à ne pas le respecter. Et on en revient à la première question : qui est le pouvoir politique iranien ? La question secondaire étant de savoir qui représenterait ce pouvoir iranien.

Le 22 août 2026

Naej DRANER ( naej.draner@gmail.com)