Analogie entre maintien du cessez-le-feu et pompiers


Si on devait décrire par une image ce qu’il faut faire pour le maintien du cessez-le-feu, la meilleure image est celle d’un incendie et des pompiers.

Il est évident, pour un incendie, que c’est le temps et les moyens déployés entre le début d’un incendie et son extension qui vont déterminer la capacité à éviter l’extension de l’incendie.

S’il se passe 24 h entre le début d’un incendie et le début du déploiement des moyens de combattre le feu, il est sûr que l’incendie est déjà hors de contrôle.

Les systèmes de maintien du cessez-le-feu n’interviennent pratiquement jamais dans les 24 heures qui suivent un incident.

Parmi les facteurs qui rendent inefficaces le maintien du cessez-le-feu:

  • l’absence de tout système de supervision et de maintien du cessez-le-feu, comme dans le cas du protocole du 17 Juin 2026 entre l’Iran et les États-Unis,
  • le manque de réactivité du système ( il peut être défini théoriquement et n’avoir aucun moyen dédié),
  • la culture sécuritaire des dirigeants et militaires . Cette culture est souvent faible et mis à part affirmer qu’en tapant fort, l’autre va s’écraser, il y a peu d’intervenants qui osent admettre qu’une réponse militaire est un début d’escalade et non de désescalade,
  • Les systèmes de supervision du cessez-le-feu sont souvent passifs : on met quelques observateurs et il n’est pas prévu de faire quoi que ce soit à partir des observations, ou du moins pas dans les heures qui suivent,
  • pour avoir une influence sur les événements, il faut une coordination étroite à la fois avec un niveau politique et diplomatique et à la fois avec les hiérarchies combattantes. Souvent l’équipe de négociation est reconnue mais n’est jamais disponible immédiatement, et la coordination avec les hiérarchies combattantes n’existe pas,
  • les moyens laissés à un système de supervision et de maintien du cessez-le-feu sont trop faibles ou inadaptés.

Il est possible de citer de nombreux exemples de systèmes de supervision et de maintien du cessez-le-feu inadaptés:

  • Le SMM (OSCE Special Monitoring Mission de l’Ukraine de 2014 à 2022) était un système complètement passif d’observation, avec un système de suivi et négociation activable uniquement par la présidence en cours de l’OSCE/ Le temps de réaction se comptait plutôt en semaines et en mois. Il y a eu une tentative d’adjoindre les hiérarchies militaires, mais cela se transformait en organisme concurrent et non complémentaire,
  • Le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël en octobre 2025 n’a pas de système de supervision et de maintien fonctionnant de façon permanente. Le maintien, selon Israël, c’est bombarder et maintenir une tension permanente. Le résultat : des milliers de morts et blessés après la date de cessez-le-feu,
  • Le cessez-le-feu au Sud Liban. Théoriquement, il y a la FINUL qui a un rôle passif d’observation. La FINUL ne réagit pas en temps réel et n’est pas couplée à une coordination diplomatique. Elle n’est pas capable d’avoir la moindre influence sur les hiérarchies combattantes,
  • Le cessez-le-feu du 17 Juin entre les États-Unis et l’Iran. Il n’y a pas de système de supervision, de maintien et de réparation du cessez-le-feu. Aucun système permanent de suivi, aucune coordination diplomatique ou militaire activable à chaque incident. De plus, chaque camp est convaincu de sa supériorité militaire et pense qu’il suffit de taper un peu plus fort pour que cela s’arrête. Le résultat : une nouvelle guerre

En bref, par rapport à l’analogie entre cessez-le-feu et incendie, les acteurs pensent que pour éteindre l’incendie, il faut alimenter l’incendie (escalade) et attendre béatement que l’autre arrête d’abord.

Le résultat:

  • les États-Unis n’ont pas montré leur capacité à permettre la libre circulation de la navigation. Ils n’y sont pas arrivés et je pense qu’ils n’y arriveront pas.
  • L’Iran n’a pas compris que plus le temps passe, moins le détroit d’Ormuz aura de l’importance. Les Émirats arabes Unis ont décidé de tout faire pour qu’il n’y ait plus aucun trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite va renforcer son contournement du détroit d’Ormuz. Idem pour l’Irak. Dans 2 ans, le trafic du détroit d’Ormuz aura été divisé au moins par 2 et n’aura plus de conséquences internationales. L’Iran se retrouvera avec une coquille vide et une poule aux œufs d’or tuée par les Gardiens de la Révolution. Ils se gonflent d’importance aujourd’hui, mais seront perdants à terme.

Souvent, les buts de guerre ne sont jamais atteints. Vraisemblablement ni les États-Unis ni l’Iran n’atteindront leurs objectifs et seront l’un et l’autre perdants sur le long terme. Tout cela parce qu’il n’y a aucun système de supervision et de maintien du cessez-le-feu. Le moindre incident provoque une escalade jusqu’à une nouvelle guerre.

Réparer le cessez-le-feu ? C’est le plus dur et demanderait des acteurs motivés, soit au niveau international, soit au niveau du Golfe Persique. D’après mes informations, ni l’un ni l’autre n’ont la motivation nécessaire autre que laisser pourrir la nouvelle guerre en espérant une accalmie militaire magique. C’est leur liberté !

Le 18 Juillet 2026

Naej DRANER (naej.draner@gmail.com)