Quelles sont les causes de l’échec de l’accord signé le 17 Juin ?
Tous les accords qui pourraient être négociés et présentés seront similaires à celui du 17 Juin qui contient l’essentiel. Les causes de son échec sont multiples:
- accord ambiguë
- planning flou
- absence de système de supervision et de maintien du cessez-le-feu
- gouvernances chaotiques des États-Unis et de l’Iran : les 2 sont capables de faire exactement l’inverse de ce qu’ils ont signé, tout en rejetant la faute sur l’autre
Les 2 points majeurs qui peuvent mettre en cause l’application de tout nouvel accord sont l’absence de système de supervision et les gouvernances chaotiques.
Système de supervision et de maintien du cessez-le-feu
Depuis le 17 Juin, chaque bavure constatée par un camp donne lieu à des représailles militaires, systématiques. Les bavures d’origine du premier incident qui va déclencher les représailles successives sont le plus souvent liées à une interprétation de l’accord qui n’a aucun rapport avec l’accord signé, comme si les parties appliquaient un accord sans rapport avec l’accord signé.
S’il y avait un système de supervision et de maintien du cessez-le-feu, tout incident devrait être signalé au système de supervision et de maintien du cessez-le-feu qui doit trouver l’origine et les actions correctives ASAP et si possible en moins de 24 h. Cela demanderait une organisation solide qui n’existe pas, à commencer par un responsable indépendant qui ne soit ni américain ni iranien qui aurait au sein de son équipe des correspondants avec chacune des parties en conflit, c’est à dire tous les pays riverains du Golfe Persique et un contact permanent fiable avec les États-Unis et le pouvoir iranien.
Par expérience, les bavures sont toujours de la faute de l’autre. Certaines bavures sont dues au fait que les ordres transmis aux militaires et à toutes les unités peuvent être ambiguës .. ou inexistants. Le plus probable, pour les premières bavures, c’est qu’il y aura un déni complet et qu’il restera au système de supervision de demander de rédiger et faire appliquer certains ordres aux différentes hiérarchies militaires de chaque camp. Ces hiérarchies de chaque camp vont promener le système de supervision sans faire grand chose et il va falloir beaucoup de persuasion et d’autorité au responsable du système de supervision et de maintien pour réussir à faire appliquer des ordres cohérents avec ce qui a été ou va être négocié.
Gouvernance chaotique des États-Unis
Trump est connu pour dire quelque chose et faire son contraire le lendemain. Ni le vice-président, ni le secrétaire d’État ne jouent leur rôle de filtre aux décisions imprévisibles de Donald. Chaque décision devrait au moins être revue pat le secrétaire d’État qui devrait poser quelques questions:
- Est-ce cohérent avec l’accord accepté ?
- Le système de supervision et de maintien du cessez-le-feu a-t-il été informé?
- Avez-vous laissé suffisamment de temps au système de supervision et de maintien du cessez-le-feu pour agir ? (les premières bavures il faudra peut-être 48 h pour trouver la source et lancer les actions correctives et préventives nécessaires. Même si la source n’est pas identifié, le système de supervision identifiera les actions nécessaires qui sont souvent les mêmes : faire en sorte que tous les opérateurs militaires sachent exactement ce qui est autorisé ou non pour éviter qu’un membre de la hiérarchie lance lui-même des ordres, parce qu’il n’est pas d’accord ou n’a pas été informé ou n’a pas appliqué ce qu’il aurait du faire. Si le responsable du système de supervision ne sait pas faire, on va lui apprendre, y compris à savoir jouer des coups de gueule)
Il faut passer du système d’ordres sans filtre à des ordres cohérents. On ne peut rien écrire dans un accord sur ce sujet autre qu’avoir un système de supervision et de maintien
Gouvernance chaotique en Iran
En principe on devrait avoir en Iran un pouvoir politique et un pouvoir militaire qui est représenté par les Gardiens de la Révolution.
On ne voit que les « Gardiens de la Révolution » à l’œuvre. Le « Guide suprême » semble absent ou inexistant, se limitant à répéter ce que disent les gardiens de la révolution.
Si le guide suprême n’a pas de visibilité ou de possibilité de se faire entendre, il faudrait trouver quelqu’un qui représente le pouvoir politique et soit en mesure de rappeler ce qui a été négocié et accepté. Les acteurs actuels sont grisés par leur non défaite militaire et ne s’intéressent plus à ce qu’ils négocient. Ils montrent qu’ils ne savent pas ce que sont les eaux territoriales et la souveraineté des États associée à ces eaux territoriales. C’est souvent le cas de la part de militaires. Si on passe de la guerre à un état de non guerre et si on veut construire un avenir pacifique, il va falloir que les militaires passent la main à des interlocuteurs politiques qui sont aujourd’hui absents.
D’un point de vue purement droit international, chacun fait ce qu’il veut dans ses eaux territoriales, sauf s’il y avait un accord global impliquant tous les riverains du Golfe Persique. Un tel accord est souhaitable mais les routes navigables finales seront déterminées après le déminage de toutes les eaux du détroit d’Ormuz. Prétexter que l’insécurité volontairement provoquée par les mines posées par les Gardiens de la Révolution est suffisante pour justifier une nouvelle route qui serait sûre , mais plus longue que les précédentes, n’est pas acceptable. Les voies officielles navigables ne pourront pas être déterminées dans la précipitation. Le « Conseil du Golfe Persique », s’il voit le jour, devrait en être responsable mais il y a peu de chance qu’une telle décision soit prise avant 2 mois qui est le temps nécessaire pour vérifier le déminage complet de tout le détroit d’Ormuz.
Je ne cache pas que la gouvernance chaotique de l’Iran est un problème majeur pour lequel je ne vois pas de solution tant que je n’aurai pas de contact fiable avec la dimension politique de l’Iran qui devrait être représentée par le Guide suprême, autrement qu’en répétant ce que disent les gardiens de la révolution.
Le Conseil du Golfe Persique
Aujourd’hui, il existe le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui donne l’impression d’être un organe de coopération de tous les pays du Golfe Persique. Ce n’est pas le cas. Le nom prête à confusion. Il manque l’Irak et l’Iran. Il n’est pas envisageable d’intégrer l’Irak et l’Iran au CCG, compte tenu de certains accords du CCG qui ne leur seront jamais applicables. Il serait donc préférable de créer une nouvelle instance, appelée le Conseil du Golfe Persique où tout pays riverain du Golfe Persique y serait membre de droit, avec chacun, les mêmes droits.
Faire comme si le conseil du Golfe Persique existe déjà à travers le CCG est un non sens. le CCG a toujours été dans une politique volontaire d’exclusion et de confrontation de l’Iran. Cela doit changer et les pays du Golfe Persique doivent apprendre à se parler directement et à gérer ensemble leurs problèmes sans intermédiaire qu’il soit américain, pakistanais ou européen.
Je peux aider à lancer le « Conseil du Golfe Persique » , mais il faudrait des acteurs motivés qui lancent le sujet officiellement et arrêtent de croire que la décision va venir d’ailleurs qu’eux-mêmes. Je peux aider à faire réfléchir, mais je ne prendrai aucune décision : c’est leur rôle que de prendre des décisions, même s’il faut des semaines pour y arriver.
Le 3 août 2026
Naej DRANER