Haut-Karakakh: un règlement “à la russe”


Le 9 Novembre a été annoncé un accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Il doit permettre dans un premier temps un cessez-le-feu.

Ce règlement “à la russe” est similaire à ce qui se passait du temps de l’URSS: un coup de menton, un coup de gueule appuyé de quelques militaires et on espère que tout le monde se taise et l’accepte. C’est ainsi que la plupart des conflits étaient refoulés du temps de l’URSS et ne s’exprimaient pas. Ils sont tous réapparus au moment et après la désintégration de l’URSS.

C’est une bonne nouvelle qu’il puisse y avoir un arrêt effectif des combats, ce que nous pourrons confirmer dans quelques jours. Ce ne sont pas les quelques soldats russes sur place qui suffiront à maintenir ce cessez-le-feu mais la persuasion et détermination répétées auprès des 2 camps.

Est-ce un règlement ? Non, c’est juste un retour progressif à la situation antérieure à 1988, avec les mêmes causes qui ont conduit les arméniens à demander leur indépendance. La privation des arméniens de leurs droits culturels, dans leur langue, leur culture, leur éducation comme l’Azerbaïdjan le faisait avant 1988 pourrait reproduire les mêmes effets.

L’Azerbaïdjan fête sa victoire mais risque de faire la même erreur que l’Arménie et le Haut-Karabakh en 1994. Pendant 26 ans, ils ont profité de leur supériorité militaire pour refuser toute négociation sérieuse. L’Azerbaïdjan se prépare à faire la même erreur.

Nous n’avons pas encore beaucoup de détail sur le règlement. Il n’est qu’une situation temporaire, comme une trêve d’un conflit qui est prêt à rebondir, que ce soit demain, après-demain ou dans 20 ans.

Il y a des zones d’ombre comme la demande de la Turquie d’être observateur et partie prenante à la force de paix. Comment un pays, qui a envoyé les miliciens syriens les plus cruels ( même si ce pays le dément) et fourni tout le soutien militaire pour aboutir à une victoire, peut-il se déclarer neutre ? C’est un allié d’un des pays en guerre, pas un pays neutre et objectif.

Ce règlement “à la russe” est une bonne chose et d’ailleurs il n’y avait probablement pas d’autre solution à court terme pour éviter un bain de sang qui aurait été un nouveau génocide. L’Europe reste inexistante en dehors d’elle-même, les États-Unis ressassent leur victoire et défaite présidentielle et les organismes supposés régler les conflits sur le continent européen comme l’OSCE en sont incapables.

Mais la Russie de Poutine est à l’aise quand elle impose un règlement par la force mais mal à l’aise quand il s’agit de trouver un nouvel équilibre politique qui ait du sens. Il faut aujourd’hui de l’autorité pour imposer un cessez-le-feu et le faire tenir. Il faudra demain autre chose pour dépasser ce conflit dont les racines remontent à plus d’un siècle et dont les soubresauts depuis 1988 ont été sanglants.

Espérons que redémarre une négociation un peu plus sérieuse que celle qui était en cours depuis 1994. Il faudra autre chose qu’une simple posture et un bout de papier pour qu’il en naisse un règlement qui soit un véritable équilibre.

11 Novembre 2020

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