L’OSCE est-elle capable de se réformer ?


L’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) a 57 membres et est le plus grand organisme régional de sécurité.

Les membres de l’OSCE ne sont pas limités au continent européen. C’est une caractéristique qu’on retrouve dans plusieurs organismes européens et dans la difficulté des européens à se trouver une identification européenne. Est-ce que cela a un sens d’avoir des membres qui sont géographiquement au moyen-orient ou en Amérique du Nord ?

Qu’il y ait des pays observateurs qui soient d’autres continents que le continent européen a un sens, mais que ce soient des membres qui entendent être des membres à part entière et être des acteurs incontournables est plus discutable.

Les européens ayant une difficulté à se trouver leur propre leadership ont tendance à régler ce problème d’absence de leadership européen en se cherchant un leadership externe. Les Etats-Unis ont joué ce rôle, à la fois à leur propre demande pour éviter que les affaires européennes soient incontrôlables comme elles l’ont été pour aboutir à 2 guerres mondiales et à la fois parce que certains membres européens jouent d’un tel intervenant externe pour affirmer l’une ou l’autre position.

L’Europe, dans sa définition géographique, reste aussi à géométrie variable. La Russie de Pierre Le Grand se voulait partie intégrante de l’Europe. La Russie de Poutine joue tantôt de sa dimension asiatique, tantôt de sa dimension européenne. Le continent européen intègre-t-il toute la Russie ou de l’Atlantique à l’Oural ? Réponse variable suivant les époques et les interlocuteurs.

Sur la sécurité, l’OSCE a pour principales missions:

  • prévoir et prévenir les conflits à venir
  • permettre le règlement des conflits (du cessez-le-feu au règlement final)

L’année 2020 montre que l’efficacité de l’OSCE est mise en doute. Plusieurs événements illustrent ces problèmes.

  • en Ukraine, après 6 ans d’intervention et d’existence du SMM, il y a enfin eu un cessez-le-feu qui ressemble enfin à un cessez-le-feu le 27 Juillet 2020.
    Ce cessez-le-feu fut un réel progrès, mais quand on regarde dans le détail, il n’a été possible qu’en institutionnalisant des acteurs externes à l’OSCE, comme le JCCC organe de coordination entre les belligérants. Globalement, si un autre organisme que le SMM fait ce que le SMM ne peut pas faire, cela marche. L’OSCE devrait avoir en son sein tout ce qui est nécessaire pour gérer un cessez-le-feu. L’OSCE a-t-elle conscience de ce qu’il faudrait changer pour y arriver ? Pas sûr, les rapports SMM sont tournés sur ce que fait le SMM, comme s’il n’y avait besoin de rien d’autre.
  • Dans le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan suivi depuis plus de 25 ans par l’OSCE, il y a eu un cessez-le-feu, certes, mais pas du fait de l’OSCE. Et le projet de règlement, quasiment dicté par la victoire militaire, n’est pas spécialement du aux équipes officiellement en charge de la négociation sous la houlette de l’OSCE

L’OSCE reste un lien d’échange entre tous mais n’est pas, aujourd’hui, le moteur essentiel du règlement des conflits.

La présidence albanaise 2020 de l’OSCE s’est montrée consciente de cette réalité d’aujourd’hui où l’OSCE est plus dans la posture ou l’observation que dans l’action et l’anticipation des événements à venir.

Un jour ou l’autre il faudra réformer cette institution et la ramener à ses fondamentaux. Mais quand et qui le fera ?

20 Novembre 2020

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