Détroit d’Ormuz : accord ambiguë et coordination faible


Textes de référence

Absence de système de supervision du cessez-le-feu

C’est la marque de tous les cessez-le-feu 2025 et 2026 sous initiative américaine. Il n’y a pas de système de contrôle ou/et de supervision du cessez-le-feu.

Dans la très grande majorité des cessez-le-feu, il y a des bavures et pour éviter que chaque bavure se transforme en escalade et nouvelle guerre, un organisme de supervision du cessez-le-feu est créé.

Son rôle est :

  • référencer et documenter les bavures,
  • prendre contact ASAP avec chaque partie pour éviter l’escalade et clarifier l’erreur d’interprétation qui a abouti à une bavure
  • comprendre l’origine des bavures et vérifier si les bavures ont été dues à une mauvaise interprétation (ou insuffisance) des règles de l’accord ou une mauvaise application (problème dans la retransmission interne aux hiérarchies et aux ordres donnés de chaque côté)

Comme il n’y a pas de système de supervision, chaque camp fait son interprétation, ne fait pas remonter l’information et décide lui-même de la suite militaire qu’il va donner, ce qui fut le cas les 26,27 et 28 Juin 2026

Décortiquons l’incident de jeudi 25 Juin

Le plan de l’organisation Maritime Internationale (OMI) prévoit l’évacuation d’un total de 11 000 marins à bord de 600 navires, qui étaient coincés dans le Golfe à cause de la guerre au Moyen-Orient, à travers deux voies distinctes, une proche des côtes de l’Iran et l’autre de celles d’Oman, en coordination avec les autorités locales.

Il y a donc 2 routes possibles, soit du côté iranien, soit du côté omanais. Chaque navire a la possibilité de prendre l’une ou l’autre et ensuite des procédures strictes ont été définies par l’OMI pour appeler chaque navire et permettre son évacuation.

L’OMI avait obtenu des garanties de sécurité pour s’assurer que les navires ne seraient pas pris pour cible, assurant que le processus d’évacuation sera relancé dès qu’il aura « obtenu des confirmations supplémentaires en ce sens ».

Un navire qui est passé par la route omanaise a été pris pour cible. La marine américaine a alors abattu 3 autres drones qui semblaient vouloir prendre pour cible des navires en cours d’évacuation.

Qui s’en est pris au navire en transit ?

Vraisemblablement les gardiens de la révolution ont tiré, parce qu’ils ont jugé que tout navire aurait du avoir au préalable leur autorisation.

Est-ce une erreur des règles de l’accord ou de l’application au sein de la hiérarchie iranienne ?

Vraisemblablement les deux. Se croire un droit exclusif y compris sur les passages de navire dans les eaux territoriales d’Oman est un abus d’interprétation de l’accord initial et n’est absolument pas ce que l’OMI a négocié. D’un autre côté, les gardiens de la révolution n’ont probablement pas une idée claire de ce qui relève de leur droit et ont probablement des ordres d’application qui ignorent la réalité des eaux territoriales de la partie adverse.

Que faudrait-il faire ?

L’OMI a prévu de faire préciser les règles d’application du plan d’évacuation avec les parties prenantes.

Mais c’est insuffisant. Il faudrait commencer, à un niveau comme celui du « Conseil du Golfe Persique » ( ou une autre partie qui se considère responsable), à envoyer aux représentants de l’Iran et d’Oman un plan indiquant la limite des eaux territoriales entre Iran et Oman et que chaque camp confirme la limite actuelle reconnue internationalement. Cela demandera autant d’aller et retour que nécessaire, mais il faut aboutir à une limite reconnue par les deux parties. Cela peut prendre du temps, mais c’est nécessaire. Nous allons en avoir besoin tout le temps, à commencer par le déminage

Pourquoi les Etats-Unis et l’Iran ont-ils chacun déclenché » des représailles ?

Parce que chacun se considère dans son droit et qu’il n’y a eu aucun système de supervision du cessez-le-feu défini. Si ce système avait été correctement défini, il y aurait une procédure d’arbitrage pour identifier l’erreur de la bavure et faire rectifier l’interprétation des règles et leur application. Cela peut continuer jusqu’à une reprise de la guerre

Coordination « faible » pour ne pas dire inexistante – exemple déminage

Prenons le cas du déminage. A l’origine les routes internationales de navigation reconnues sont dans les eaux territoriales omanaises. L’Iran a jugé bon d’y laisser quelques mines, histoire de détourner tous les navires de ces routes internationales et de proposer de nouvelles routes sûres, qui sont , comme par hasard, dans les eaux territoriales iraniennes pour pouvoir justifier un droit de passage iranien. Cela s’appelle du racket international, avec quelques mines oubliées ( Entre 0 et 80 suivant les sources).

L’accord prévoit un déminage mais n’est pas explicite sur qui fait quoi.

Si les mines sont dans les eaux omanaises, toute intervention de déminage devrait être faite avec l’accord des autorités d’Oman ( d’où l’importance d’avoir un clair délimité des eaux territoriales).

Savez-vous que les États-Unis n’ont aucun démineur au moyen-Orient ? Savez-vous que 3 bateaux performants de déminage des États-Unis ont été envoyés à la casse en janvier 2026 ? Autrement dit, seuls des bateaux européens sont opérationnels et prêts à intervenir si on leur demande. Et vraisemblablement les iraniens n’ont plus de démineurs non plus. Et ils feront comme si ils ont encore la compétence pour intervenir. Mais Oman peut demander à qui il veut de faire déminer ses eaux territoriales. Il faudra prévenir les iraniens et s’assurer qu’ils n’attaquent pas ces bateaux, suite à une mauvaise interprétation de la mission de déminage.

Qui s’occupe de la coordination du déminage ?

Pas les américains, puisqu’ils n’ont plus de bateau opérationnel au moyen-orient et qu’il vaut mieux que ce soit un pays neutre qui intervienne pour le déminage. On peut aussi demander aux iraniens de venir déminer les mines identifiées, mais vraisemblablement il n’y a aucune coordination clairement définie. Ce n’est pas très compliqué de prendre 3 à 5 militaires originaires de pays du Golfe et de définir la coordination nécessaire. D’après mes informations, personne ne s’occupe réellement du sujet: ni les américains, ni les iraniens; un « Conseil du Golfe Persique » aurait pu prendre et pourrait prendre en charge ce point pour faire intervenir les bateaux européens prêts à intervenir. Il leur faudra 2 à 4 semaines pour nettoyer la voie internationale de navigation. Ils sont prêts à le faire, mais voudraient des garanties d’intervention solides, et surtout qu’il y ait des pays riverains du Golfe Persique qui acceptent de mouiller leur chemise pour faire avancer le sujet.

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Le 28 Juin 2026

Naej DRANER