Dans quelles situations des forces internationales sont-elles utiles pour ramener le calme ?

Les réflexions sur les moyens de ramener la paix envisagent souvent des forces de paix internationales, croyant qu’une force internationale va s’imposer sur place et ramener la paix.

Toutes les forces internationales de paix ne sont pas capables de s’imposer militairement. Les forces de paix onusiennes ne sont jamais de vraies forces combattantes, mais sont équipées pour pouvoir se faire ponctuellement respecter si les  forces en présence sont disparates et pas trop organisées. L’idée que ces forces internationales de paix vont s’imposer militairement et ramener la paix est souvent une illusion.

S’il est vrai qu’une victoire militaire ramène souvent le calme qui est appelé retour à la paix, il ne suffit pas de gagner militairement la guerre sur le terrain pour en faire une solution généralisée à  tous les conflits.

Cependant il y a des cas où des forces de paix sont utiles et peuvent aider à ramener un calme quasi complet.

Parmi ces cas:

  • des forces internationale , style onusienne, sur une frontière internationale reconnue, à condition de contrôler toute la frontière incriminée et tous les points de passage. Ces forces agissent souvent de concert avec la négociation d’un armistice et la définition précise des droits de chacun. Cela peut prendre un peu de temps pour aboutir à un calme complet mais cela finit généralement par arriver.
    Exemple : Forces de l’ONU sur le Golan entre Israël et la Syrie
  • Lorsqu’il  n’y a plus aucune structure locale capable d’assurer la sécurité et qu’il n’y a plus de force locale prétendant contrôler militairement l’ensemble du territoire, il est indispensable d’avoir une force internationale pour assurer un minimum de sécurité.
    Exemple: Le Cambodge après le départ des Khmers Rouges

 

Il y a cependant de nombreux cas où une force internationale ne réussit jamais à s’imposer et n’a pratiquement aucun effet. Cela n’empêche pas de  reconduire la force internationale d’année en année, même si elle n’évite aucune guerre, ne s’impose à aucune milice et ne désarme personne.

Exemple : La FINUL au Sud-Liban: elle n’a jamais empêché les guerres successives au Liban et n’a jamais empêché la moindre milice de prospérer. Le Hezbollah s’est organisé sous l’ombre de la FINUL qui n’a jamais exercé le moindre contrôle sérieux sur cette milice.

Le plus souvent, on crée  une force internationale qu’on ajoute aux dispositifs et forces existantes, sans les désarmer, les retirer. Le problème précédant reste entier. Le seul avantage de ces forces de paix est qu’elles n’hésitent pas à discuter avec les forces en présence, ce qui peut suffire à ramener le calme. Ce n’est pas leur force militaire qui ramène le calme mais la gestion intelligente et organisée des relations entre les différentes forces en présence qui peut aider à ramener le calme.  C’est ce qui manque aujourd’hui à l’OSCE dont les observateurs SMM, passifs, ne gèrent pas correctement les différentes forces en présence, ni directement ni indirectement au travers du JCCC.

Il y a cependant des exceptions où des forces internationales combattent victorieusement toutes les autres forces et ramènent ainsi le calme par élimination progressive des autres forces. Ces cas demandent des moyens militaires considérables. C’est généralement une armée préexistante ( ou alliance) qui réussit à avoir une couverture internationale pour agir localement. Ces cas posent généralement des difficultés pour faire émerger des forces de sécurité autonomes et efficaces.

Exemples: forces internationales syriennes au Liban, OTAN au Kosovo

 

Pourquoi cette réflexion ?

Principalement parce que le président ukrainien Poroshenko et le président russe Poutine parlent beaucoup de propositions de forces de paix en Ukraine. Mais aucune des propositions faites par l’un ou l’autre ne seront vraiment utiles:

  • Au cas où une force de paix de l’ONU se déployait dans tout le Donbass en Ukraine, elle se déploiera en plus des forces existantes. Au mieux les milices actuelles  rentreront dans la clandestinité et ne seront plus apparentes,  au pire  elles resteront comme aujourd’hui, étant militairement plus fortes que la nouvelle force de paix. De plus des soldats étrangers, sans connaissance de la langue, se montrent assez peu compétents  dans la gestion de la sécurité au jour le jour.
    Ce nouveau dispositif s’ajoutera probablement à ceux qui existent déjà : SMM de l’OSCE, JCCC entre l’Ukraine et la Russie, sans les remplacer ni les intégrer, chacun essayant de montrer son utilité dans le nouveau contexte.
    L’Ukraine est spécialiste de la demande de dispositifs qui s’ajoutent les uns aux autres ( le SMM a été créé à la demande de l’Ukraine, et il me semble que le JCCC aussi, l’implication de l’Allemagne et la France aussi, puis un jour ce sera le tour des USA, etc. et un jour quelqu’un essaiera d’intégrer tous les dispositifs dans un seul: le poids des appareils  en place fait que cela risque d’être une mission impossible)
  • Le président russe Poutine lui ne parle de forces de paix que là où il voit la future frontière avec l’Ukraine. Toute la stratégie militaire et diplomatique russe tend à faire interdire tout contrôle de la frontière russo-ukraine ( les 2 points de contrôle de l’OSCE sur la frontière ne contrôlent rien) et multiplier les accords, les contrôles sur la ligne de contact qui est le point théorique de “frontière interne” entre les séparatistes et l’Ukraine. La Russie le fait autant à travers le groupe de contact qui s’est transformé en machine à créer des accords un peu partout dans lesquels le contrôle par les ukrainiens est toujours exclu que par des propositions ou le refus des propositions des autres. Par chance pour la Russie, l’Ukraine joue le jeu en transformant la ligne de contact en véritable frontière. Le passage officiel  vers  les territoires séparatistes ( et en provenance de) est devenu pire qu’une frontière et organisé par les autorités ukrainiennes. Les deux acteurs clés de ce conflit semblent implicitement d’accord pour faire de la ligne de contact une véritable frontière. On ne comprend pas toujours la logique des autorités ukrainiennes en renforçant elles-mêmes une séparation avec ce qu’elles revendiquent comme appartenant à l’Ukraine.

21 septembre 2017

 

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