Pourquoi les mesures annoncées par le gouvernement pour apaiser les gilets jaunes n’ont pas d’effet ?

Hier, le premier ministre français Édouard Philippe a annoncé un moratoire sur les taxes prévues en début d’année.

La première réaction des “Gilets jaunes” est négative. Pire, le conflit donne l’impression de continuer à s’étendre. Pourquoi ?

Si vous comprenez la Modélisation du déclenchement des guerres on pourrait réécrire la même chose pour expliquer les conflits. De la même manière qu’il y a un seuil de guerre, on pourrait parler de seuil de conflit. Le conflit sera le résultat de plusieurs causes qui s’accumulent. Mais une fois que le conflit apparait ouvertement, il a dépassé le seuil et l’énergie pour  tenter d’arrêter le conflit sera beaucoup plus grande après le passage du seuil. Autant quelques petites mesures peuvent avoir de l’effet avant que le conflit ne dégénère, autant elles peuvent donner l’impression de n’avoir aucun effet une fois le conflit étendu. C’est ce qui se passe.

Toutes les mesures annoncées jusqu’à maintenant depuis plusieurs semaines ont été inaudibles: le gouvernement et la présidence de la République ont tenté d’annoncé des demi-mesures qui n’ont même pas été comprises, encore moins acceptées. Trop peu, trop tard ? Pas forcément, mais mal engagées et autour desquelles ne ne crée aucun vrai projet

Alors que faire ?

  • Céder un bon coup pour refranchir le seuil de conflit dans l’autre sens. C’est ce qui a été fait en 1995 sur la partie SNCF pour décoreller ce dernier du conflit de la Sécurité Sociale. En lâchant sur un point, l’autre a été conservé. Par contre, cela a eu un effet de bord fâcheux: cela a rendu les cheminots intransigeants, fort du succès qu’ils avaient obtenu.
    Dans le cas présent, céder un bon coup reviendra à mettre au panier l’ensemble de la politique esquissée depuis 2017: on ouvre les vannes tout azimut.
  • Rester droit dans ses bottes ? Pas bon.
  • Il y a une partie des mesures annoncées qui n’a eu aucun écho: à partir du 15 décembre, s’engagerait une réflexion sur les recettes et les dépenses de l’Etat.
    Le principe est bon s’il ne reste pas purement technocratique. La vraie faiblesse de la politique engagée depuis 2017 c’est qu’on ne voit aucun vrai chantier sur le “train de vie de l’Etat” et ses dépenses. L’approche comptable et budgétaire suivie jusqu’à présent n’est pas la bonne. Il faut un tel débat et des choix, mais qui marquent chacun et finisse par impliquer les français.
    Nous sommes encore en France dans l’Etat providence.
  • Il peut y avoir moins de taxes et impôts si on dépense moins. En 2017, la France est devenue le champion OCDE toute catégorie des prélèvements. Cela n’a pas encore ralenti. On a juste fait un tour de passe passe entre des taxes supprimées ou allégées et des nouvelles taxes ajoutées. Pas de chance, le résultat global c’est que tous les acteurs ( Etat, collecticités locales, Sécurité Sociale, etc.) en ont ajouté plus qu’ils n’en ont retiré. Il y a urgence et les gilets jaunes sont bien révélateur de cet état de fait.

5 décembre 2018

 

Note du  8 décembre 2018

Ce qui a été concédé:

14 Novembre
– Doublement de la “prime à la conversion” automobile pour les plus modestes,
– Élargissement du chèque énergie à 2,2 millions de foyers tout juste imposables,
– Nouvelle prime pour changer sa cuve à fioul,
– Défiscalisation des aides sur les carburants versées par les collectivités,
– Révision du barème des frais réels pour les petites cylindrées,
– Encouragement du covoiturage.
Ces mesures ont été inaudibles. Vraisemblablement les gilets jaunes eux-mêmes ne seraient pas en mesure de les indiquer. Pire, elles sont “technocratiques” sont avoir pris en compte la dimension humaine des gilets jaunes. Il est vraisemblable que la plupart des gilets jaunes (au moins leur noyau dur) ne pas pas investir. Leur parler de mesures pour lesquelles il faut d’abord investir avec des économies disponibles pour en retirer un bénéfice n’a pas de sens. Probablement très peu sont au barème des frais réels. Quant au covoiturage, c’est bon pour les villes et très peu utilisable dans la France profonde à l’origine du mouvement: à côté de la plaque pour la plupart des mesures, ce qui explique qu’elles ne peuvent pas avoir d’effet

4 Décembre
– Suspension de six mois des hausses de taxes sur les carburants,
– Report de la seconde partie du contrôle technique,
– Pas d’augmentation des tarifs du gaz et de l’électricité durant l’hiver.
La première mesure est mort née, la seconde est discutable et la troisième ne dépend pas du gouvernement. Un recours des distributeurs de gaz et d’électricité annulera la décision du gouvernement.

5 décembre
Les hausses de taxes sur l’essence et le gazole prévues sont “annulées” pour 2019.
Un pas en arrière – sans véritable effet. Tant qu’il n’y aura pas de concertation institutionnalisée acceptée par l’ensemble des acteurs, il sera difficile que des mesures sorties subitement d’un chapeau ait de l’effet

 

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