Gilets Jaunes et Retour de Mai 1968

Pour rappel, la Théorie du Retour indique qu’un événement ayant marqué l’inconscient collectif peut être revécu à 25 ans à + ou – 2 ans (ou un multiple de 25 ans).
Dans la théorie la période de base est plutôt de 8 ans et un peu moins de 6 mois, mais le retour le plus probable étant de 25 ans, on peut se limiter à cette périodicité de 25 ans pour une première analyse.

Il y a très peu d’événements ainsi revécus dans un pays. En France, il est admis que mai 1968 fut un Retour de la libération du pays en 1944. ( 24 ans)
Décembre 1995 est considéré comme un retour de mai 1968 (27 ans).

L’épisode actuel des Gilets Jaunes peut être considéré comme un  second retour de 1968. (50 ans et atténué)

Qu’est-ce qui permet de confirmer ou infirmer cette hypothèse ?

Le premier élément de confirmation est que différents interlocuteurs font naturellement référence aux deux : certains y voient un “mini 1968”, à partir de son aspect incontrôlable et sans tête ou organisation contrôlant le mouvement.

Les “Retours du passé” sont analysés uniquement par rapport  à un événement précis et non par rapport à une période globale. La référence à une période globale antérieure est assez floue et très discutable. C’est la raison pour laquelle les “Retours” identifiés sont analysés par rapport à un événement précis.

Un élément pouvant contester cette hypothèse est le fait que son ampleur est bien plus faible, mais de tels retours peuvent être atténués.

Il sera difficile de trancher sur cette hypothèse au vu des déclarations tout azimut de certains ministres qui veulent imposer une grille d’analyse un peu stupide : “groupuscules d’extrême droite”, “peste brune” ?? Ces analyses sommaires à l’emporte-pièce montrent surtout que les intéressés ne sont pas attentifs à ce qui se passe, font l’amalgame assez rapidement, et cherchent un bouc émissaire facile: il est bien possible qu’elles se terminent en effet boomerang, mais par contre cela va biaiser toute analyse objective sur ce sujet.

Si c’est un retour atténué de mai 1968 quelle est la conséquence ?

Quand il y a un tel retour, il y a un besoin irrépressible de refaire la même chose ou son contraire, qui peut échapper à toute logique apparente.

Les petites phrases officielles : “on ne changera rien”, “on garde le cap” sont certainement les plus efficaces pour mettre de l’huile sur le feu. On peut avoir un objectif ou un cap et avoir différents moyens de l’atteindre. Ce n’est pas parce qu’une route est coupée que vous n’atteindrez pas là où vous voulez aller. Y aller par un autre chemin ne veut pas dire qu’on n’y va plus.

Les prendre un peu au sérieux pour tenter de comprendre leur inconscient aurait été mieux, mais je crois que la subtilité n’est pas de mise auprès de nos officiels: plus la ficelle est grosse, plus on la tire… même s’il faut aller jusqu’au ridicule.

26 Novembre 2018

Note du 1° décembre:

La violence constatée dans les dernières manifestations renforce cette analogie.

Note du 3 décembre:

Le journal le Figaro du 3 décembre 2018 a un article intitulé “le Mai 68 des classes moyennes” de Jacques Julliard. Juste pour mémoire et citer des analogies faites naturellement par d’autres à propos de ces événements

Note  du 6 décembre:

En cas de Retour du passé, ceci amplifie les réactions visibles, comme si il y avait quelque chose d’inconscient qu’on ne comprend pas très bien et qui pousse le conflit vers d’autres horizons. Cette “amplification” est passagère mais peut paraitre irrationnelle. Dans cet irrationnel on doit y retrouver des éléments permettant de faire le lien avec l’événement initial du Retour. La difficulté est de le transformer en relations d’analyse indiscutables. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, l’analogie entre le mouvement des gilets jaunes et mai 1968 ne faisant pas consensus. Par contre, l’amplification et un certain jusqu’au boutisme sont bien présents, même s’ils sont insuffisants pour confirmer le lien de Retour du passé entre mai 1968 et ce mouvement “incontrôlable” des Gilets jaunes. Comme en 1968, il n’y a pas de leadership clairement identifié. Comme en 1968 il s’étend à d’autres conflits et populations. Comme en 1968, il a du mal à réagir aux mesures lâchées progressivement. Mais cela reste de l’analogie ou de la conviction personnelle, pas de la démonstration incontestable, qui est difficile dans l’état actuel des études sur les retours du passé.

Note du 8 décembre 2018

Ce matin dans Libération daté  du 8 décembre 2018, dans l’article “Le maintien de l’ordre à la française désorienté” d’Ismaël Halissat, se trouve le paragraphe suivant:
“…De telles scènes de violences étaient inédites à Paris depuis Mai 68. Près de 250 feux allumés, dont 112 véhicules et 6 bâtiments incendiés. 162 personnes blessées, prises en charge par les hôpitaux parisiens. 378 manifestants placés en garde à vue. Un nombre historique de grenades lacrymogènes et explosives ainsi que de balles en caoutchouc utilisées. En cinquante ans, les forces de l’ordre ont évidemment connu d’autres coups durs et échecs en la matière, mais jamais des émeutiers n’ont semblé si proches de faire vaciller le pouvoir…”

Ce paragraphe est et sera utilisé pour renforcer l’analogie avec mai 68. La difficulté dans l’identification des “Retours” est avoir des éléments incontestables permettant de confirmer ce Retour. Dans le cas présent, c’est compliqué et discutable. Ainsi les gilets jaunes sont peu nombreux: en général 3 ou 4 groupes de 50 bloquent 3 ou 4 ronds points qui suffisent à paralyser ou ralentir une ville, ce qui n’a rien à voir avec les mouvements de masse de mai 68. Mais cette violence qui se veut presque putschiste est un élément qui avait permis d’identifier Mai 68 comme un retour de la libération de Paris à la fin de la seconde guerre mondiale en 1944. On le retrouve inconsciemment à nouveau dans ce mouvement, comme si ce mouvement était en train de vivre dans son inconscient une “libération” et le changement de pouvoir sui en découle. Ce point va être développé dans une nouvelle note.

Note du 9 décembre

Dans le journal du Dimanche, une interview d’Henri Weber “Les soixante-huitards ne pillaient pas”.
Différents parallèles sont faits entre 1968 et 2018. Il est constaté dans les deux cas une popularité très forte, qui avait basculé en 1968 au bout de 4 semaines après la nuit du 24 mai.
Une grande différence: Le mouvement de 1968 était porteur d’un projet de société, d’une alternative positive à l’ordre existant. Pas le mouvement de 2018 qui n’est porteur d’aucun projet d’avenir un peu cohérent.
1968 a façonné les années qui ont suivi. 2018 restera un choc frontal. Sera-t-il construire un avenir ? Rien n’est moins sûr à ce stade

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